- La victime est de sexe féminin, environ la trentaine.
- On lui a tiré dessus quasiment à bout portant, le projectile s’est logé dans le crâne, entraînant la mort.
- A noter une blessure par balle à la jambe, sur la l’arrière de la cuisse.
- Si j’en crois les hématomes aux visages et aux bras, elle a dû être touchée en pleine course et est tombée en avant.
- La victime a probablement été abattue par la suite.
Le légiste se releva et jeta un bref coup d’œil à son assistant, qui contemplait le cadavre d’un air désolé. Il était jeune, il apprendrait vite à s’y habituer.
- Monsieur ?
Le médecin se retourna.
- Est-ce que … est-ce que cela devient plus facile avec le temps ?
Le vieil homme le regarda par-dessus ses lunettes, passant la main dans ses cheveux blancs.
- Malheureusement, oui.
Le légiste poussa un soupir devant l’expression d’incompréhension de son assistant. L’air las, il regarda d’un air absent le soleil qui, à l’horizon, répandait les rayons d’une pâle aurore.
- La mort est récente, elle a dû survenir aux premières lueurs de l’aube, un peu avant que les travailleurs les plus matinaux arrivent sur les docks.
Autour de la scène de crime, un cordon de policiers maintenait à l’écart un petit groupe constitué d’employés du port et de badauds matinaux. Les gens se pressaient pour mieux voir le corps inanimé, se hissant sur la pointe des pieds afin d’apercevoir son visage. Le vieux légiste était coutumier du fait et ne s’étonnait même plus de cette fascination pour la mort, celle-là même qui l’avait poussé à faire ce métier. Mais aujourd’hui plus qu’à l’accoutumé sa fonction lui paraissait pesante. Pesante et futile à la fois.
Il essuya les larmes qui perlaient au coin de ses yeux, puis laissa son regard dévier sur le cadavre.
- Oh, Amy, pourquoi donc t’es tu mêlée de ça …
Le vrombissement d’un moteur le tira de sa contemplation macabre. Les forces de l’ordre s’écartèrent devant la voiture, le chauffeur présentant sa carte de police par la vitre à demi descendue. Ce dernier descendit du véhicule, le visage défait et les yeux légèrement rougis.
- Dites-moi que ce n’est pas elle.
- Je suis désolé, Vincent. Sincèrement désolé.
L’autre s’approcha du corps sans vie. Le légiste se détourna de la scène, préférant ne pas assister aux sanglots silencieux de son ami. Une poignée de minutes plus tard, Vincent le rejoignait.
- Dis-moi tout ce que tu sais, Adam.
Il s’efforçait de conserver une voix unie, mais que la colère et la tristesse sous-jacentes altéraient légèrement.
- Deux balles, une dans la cuisse, l’autre dans la tête, la seconde ayant causé la mort.
- Mise à terre puis abattue, glissa Vincent dans un souffle.
Adam acquiesça en silence.
- Quel calibre, à priori ?
- Je ne peux pas être sûr, mais je parierais que c’est du neuf millimètres.
Ils échangèrent un regard.
- Comme à chaque fois.
- Les enfoirés. Je sais que c’est eux, Adam, j’en suis convaincu. Elle avait accepté de m’aider dans mon enquête, ils ont dû le découvrir. A partir de ce là, elle était déjà morte …
Le soleil perça derrière les nuages et le fog, dispensant un peu de sa chaleur. Au loin, le ciel était d’un bleu pur, comme s’il avait été lavé par l’averse.
- Je les aurai, je t’en fais le serment. Je vengerai sa mort, quel que soit le prix à payer.
- Ce qui a de fortes chances d’être ta vie, Vincent. Tu ne comprends donc pas ? C’est leur ultime avertissement : la prochaine fois, ils ne te manqueront pas.
Adam pesta devant l’air décidé du jeune policier.
- Ta tâche est impossible, tout le monde te l’a dit mais tu es trop obstiné et trop fier pour t’en rendre compte. D’autres que toi ont essayé par le passé, et personne n’est jamais parvenu à les vaincre. Tous ceux qui ont été assez fous pour les défier ne sont plus là pour s’en vanter. Ecoute-moi Vincent, je t’en prie.
Le légiste poussa un soupir et regarda le cadavre d’Amy du coin de l’œil.
- Je ne veux pas que tu sois le prochain. Je ne veux pas être réveillé en pleine nuit par un coup de téléphone m’annonçant ta mort. Si tu persistes sur cette voix, tu rejoindras Amy plus vite que tu ne le penses.
Vincent baissa la tête, essuya ses dernières larmes d’un revers de main. Ensuite, adressant un vague sourire à son ami, il tourna les talons et regagna sa voiture. L’instant d’après il était déjà parti.
- On lui a tiré dessus quasiment à bout portant, le projectile s’est logé dans le crâne, entraînant la mort.
- A noter une blessure par balle à la jambe, sur la l’arrière de la cuisse.
- Si j’en crois les hématomes aux visages et aux bras, elle a dû être touchée en pleine course et est tombée en avant.
- La victime a probablement été abattue par la suite.
Le légiste se releva et jeta un bref coup d’œil à son assistant, qui contemplait le cadavre d’un air désolé. Il était jeune, il apprendrait vite à s’y habituer.
- Monsieur ?
Le médecin se retourna.
- Est-ce que … est-ce que cela devient plus facile avec le temps ?
Le vieil homme le regarda par-dessus ses lunettes, passant la main dans ses cheveux blancs.
- Malheureusement, oui.
Le légiste poussa un soupir devant l’expression d’incompréhension de son assistant. L’air las, il regarda d’un air absent le soleil qui, à l’horizon, répandait les rayons d’une pâle aurore.
- La mort est récente, elle a dû survenir aux premières lueurs de l’aube, un peu avant que les travailleurs les plus matinaux arrivent sur les docks.
Autour de la scène de crime, un cordon de policiers maintenait à l’écart un petit groupe constitué d’employés du port et de badauds matinaux. Les gens se pressaient pour mieux voir le corps inanimé, se hissant sur la pointe des pieds afin d’apercevoir son visage. Le vieux légiste était coutumier du fait et ne s’étonnait même plus de cette fascination pour la mort, celle-là même qui l’avait poussé à faire ce métier. Mais aujourd’hui plus qu’à l’accoutumé sa fonction lui paraissait pesante. Pesante et futile à la fois.
Il essuya les larmes qui perlaient au coin de ses yeux, puis laissa son regard dévier sur le cadavre.
- Oh, Amy, pourquoi donc t’es tu mêlée de ça …
Le vrombissement d’un moteur le tira de sa contemplation macabre. Les forces de l’ordre s’écartèrent devant la voiture, le chauffeur présentant sa carte de police par la vitre à demi descendue. Ce dernier descendit du véhicule, le visage défait et les yeux légèrement rougis.
- Dites-moi que ce n’est pas elle.
- Je suis désolé, Vincent. Sincèrement désolé.
L’autre s’approcha du corps sans vie. Le légiste se détourna de la scène, préférant ne pas assister aux sanglots silencieux de son ami. Une poignée de minutes plus tard, Vincent le rejoignait.
- Dis-moi tout ce que tu sais, Adam.
Il s’efforçait de conserver une voix unie, mais que la colère et la tristesse sous-jacentes altéraient légèrement.
- Deux balles, une dans la cuisse, l’autre dans la tête, la seconde ayant causé la mort.
- Mise à terre puis abattue, glissa Vincent dans un souffle.
Adam acquiesça en silence.
- Quel calibre, à priori ?
- Je ne peux pas être sûr, mais je parierais que c’est du neuf millimètres.
Ils échangèrent un regard.
- Comme à chaque fois.
- Les enfoirés. Je sais que c’est eux, Adam, j’en suis convaincu. Elle avait accepté de m’aider dans mon enquête, ils ont dû le découvrir. A partir de ce là, elle était déjà morte …
Le soleil perça derrière les nuages et le fog, dispensant un peu de sa chaleur. Au loin, le ciel était d’un bleu pur, comme s’il avait été lavé par l’averse.
- Je les aurai, je t’en fais le serment. Je vengerai sa mort, quel que soit le prix à payer.
- Ce qui a de fortes chances d’être ta vie, Vincent. Tu ne comprends donc pas ? C’est leur ultime avertissement : la prochaine fois, ils ne te manqueront pas.
Adam pesta devant l’air décidé du jeune policier.
- Ta tâche est impossible, tout le monde te l’a dit mais tu es trop obstiné et trop fier pour t’en rendre compte. D’autres que toi ont essayé par le passé, et personne n’est jamais parvenu à les vaincre. Tous ceux qui ont été assez fous pour les défier ne sont plus là pour s’en vanter. Ecoute-moi Vincent, je t’en prie.
Le légiste poussa un soupir et regarda le cadavre d’Amy du coin de l’œil.
- Je ne veux pas que tu sois le prochain. Je ne veux pas être réveillé en pleine nuit par un coup de téléphone m’annonçant ta mort. Si tu persistes sur cette voix, tu rejoindras Amy plus vite que tu ne le penses.
Vincent baissa la tête, essuya ses dernières larmes d’un revers de main. Ensuite, adressant un vague sourire à son ami, il tourna les talons et regagna sa voiture. L’instant d’après il était déjà parti.
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